Se guérir de l’Amour Fusionnel

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SE GUÉRIR DE L’AMOUR FUSIONNEL

par  MARIE LISE LABONTÉ 
Extraits de son livre Parlez-moi d’amour vrai, p. 119 à 130
Les Édition de l’Homme, 2007

Que nous soyons seuls ou en couple, nous devons reconnaître que nous faisons tous l’expérience d’un certain vide intérieur. En général, nous n’avons pas conscience de l’existence de ce vide. C’est souvent un évènement soudain qui nous le fait découvrir: la perte d’un emploi, une séparation ou un divorce, la mort d’un être cher. Ces évènements peuvent nous précipiter dans l’expérience du vide parce que le choc affectif qu’ils provoquent fissure les protections que nous avions dressées, voilà longtemps, autour de notre blessure fondamentale. Confrontés à de tels évènements, nous pouvons soudainement nous retrouver en train de ressentir un vide intense qui peut se traduire jusque sur le plan physique: dans le ventre ou le plexus, au niveau du cœur. La sensation peut être à ce point douloureuse qu’elle nous fait hurler de douleur ou nous plier en deux, nous recroqueviller. Certains d’entre nous se tordent, se frappent la poitrine. Ces gestes, qui sont quasiment instinctifs, je les ai vus dans mon bureau de psychothérapeute, je les ai également vus maintes fois sur des photos représentant les aléas de la guerre, et je les ai encore vus, dernièrement, à la télévision, dans une émission portant sur les réactions aux attaques terroristes. Ce sont les gestes instinctifs que nous avons tous face à une souffrance intolérable.

 Nous ne provoquons pas volontairement la rencontre avec notre blessure fondamentale et le vide qui l’entoure. Nous la vivons quand la vie nous y confronte, ou quand nous nous trouvons face à elle parce que nous avons décidé de traverser le précipice pour nous libérer de notre souffrance. Comme je l’ai déjà écrit, ce vide n’est pas vide, il est plein d’une souffrance liée à l’abandon, au rejet, à la non-reconnaissance, une souffrance dont nous nous efforçons instinctivement de nous éloigner pour nous protéger. Sans compter que, comme je le disais dans la première partie, nous n’avons pas été habitués à « côtoyer » notre blessure. Notre famille nous a plutôt aidés à construire des protections: nous nous sommes distanciés de nous-mêmes, nous avons fait nôtres les conditionnements amoureux qui nous étaient imposés, souvent au point de divorcer d’avec notre nature profonde, de nous éloigner de notre enfant intérieur et de notre âme. Cette distance, cette séparation intérieure créent le vide. Pour ces raisons, guérir de l’amour fusionnel est une invitation à côtoyer le vide. Or, cela demande une maturité intérieure. Cette dernière exige d’abord que l’on se défasse des couches protectrices qui recouvrent le vide et qui nous maintiennent dans la dépendance affective. Ces couches s’apparentent aux pelures d’un oignon; elles s’appellent compulsions, manque, besoins affectifs inassouvis.

 Si l’amour fusionnel est si attirant, c’est qu’il donne l’illusion de pouvoir combler le manque. Chaque partenaire pense trouver en l’autre celui qui le soulagera de ce qui est insoutenable en lui-même. L’autre devient alors le centre du monde, la matrice au sein de laquelle il fait bon vivre. Et cela va durer jusqu’à ce que ce contrat de bonheur, de plénitude et de totalité ne soit plus honoré. Se libérer de la dépendance fusionnelle implique oser marcher sur le bord du précipice et même le traverser. Pour la majorité d’entre nous, côtoyer le vide demeure cependant impensable, cela parce que nous n’avons pas pris le temps d’apprivoiser notre dépendance affective. Nous nous laissons mener par elle. Nous préférons emprunter le chemin des compensations car il nous donne l’illusion d’être vivants et nous procure des plaisirs rapides et faciles, même s’il s’agit là d’une forme de bonheur factice. Ces compensations, qui masquent nos manques, nos besoins affectifs et notre vide intérieur, sont pourtant de réelles prisons. Les multiples compensations que nous utilisons pour masquer le vide et l’absence, constituent les barreaux de notre prison. Quant au cœur de la prison, c’est l’amour fusionnel.

ImageLa prison dorée de l’amour fusionnel

 Comme nous l’avons vu antérieurement, l’amour fusionnel peut devenir une réelle prison du fait des liens de dépendance à l’autre qui nous font aimer ou fuir au péril de notre vie. Car si nous sommes des drogués de l’amour, nous sommes surtout des dépendants affectifs qui refusent de se reconnaître et de s’aider.

Pour avoir travaillé avec des gens qui se droguaient de toutes sortes de façons, je dirais que la pire drogue est la dépendance à l’autre. Les autres drogues sont bien réelles, elles font mal au corps, au cœur et à l’âme. Mais elles ne sont que des substituts symboliques au vide affectif et à l’immense besoin d’amour sous-jacent à ce vide. Elles sont un appel à l’amour. Prenons l’exemple des drogués du travail, du jeu, de l’argent, de l’alcool, tous, par la fusion avec ce que nous venons de nommer leur objet, recherchent l’amour, l’affection, la tendresse, tous tentent de vivre la fusion qu’ils n’ont pas connue. Et la souffrance liée au vide qu’ils éprouvent est si profonde qu’il est humain de leur part de la fuir, de la nier et de vouloir la reléguer aux oubliettes. Il est plus facile de devenir dépendant que d’oser faire face à son immense besoin affectif.

Sortir de cette prison dorée exige de nous que nous nous responsabilisions face à notre blessure, que nous prenions en charge le besoin affectif qui y est lié et quittions petit à petit nos murs et nos barreaux pour explorer l’amour de nos propres ailes.

 Les dorures de la prison

 La dépendance vis-à-vis de l’amour est une réelle prison au sens où elle nous entraîne dans le cercle vicieux du manque et des compulsions. La compulsion est un élan spontané qui consiste à aller vers un stimulus susceptible de nous apporter une satisfaction immédiate. Le stimulus ressemble à une dorure: « Cette nouvelle conquête me redonne la joie de vivre », « Elle m’a appelé, quelle journée! », « Lorsqu’il a posé son regard sur moi, je me suis sentie fondre ». Ces moments de satisfaction sont pourtant toujours suivis de déceptions. Les dorures de la prison se ternissent, il en faut alors de nouvelles: une conquête de plus, un énième appel, un autre regard. Ce processus est sans fin car si les dorures rendent notre prison confortable, nous sommes toujours emprisonnés et en manque. Si, au moins, nous prenions le temps de déguster notre compulsion et la dépendance dans laquelle elle nous entraîne. Mais même là, nous consommons rapidement. Si nous prenions le temps de rechercher ce qu’il y a derrière, nous pourrions nous sortir de cette dépendance, mais …

 La dépendance vis-à-vis de l’amour est constituée de plusieurs éléments qui s’apparentent à de véritables strates allant de la plus superficielle à la plus profonde. Débutons par la surface, faisons connaissance avec la compulsion d’aimer.

 La compulsion

 Nous avons tous des compulsions, mais la compulsion qui pousse la personnalité fusionnelle à fusionner avec quelque chose ou quelqu’un, peut avoir des conséquences désastreuses pour l’estime, le respect et la reconnaissance de soi. La soif d’amour est en effet encore plus profonde dans cette personnalité que dans d’autres. Suivons la piste qui mène du conscient à l’inconscient.

 La compulsion est une réponse réflexe à un manque: au lieu de ressentir le manque, ce qui n’est pas agréable et peut même s’avérer insécurisant, la personnalité fusionnelle s’oriente vers la recherche d’un plaisir rapide fondé sur la satisfaction du besoin au moyen de la compulsion. Cette dernière est en effet plus tolérable que le manque car elle crée une sensation instantanée de plaisir, elle apporte un soulagement, tel un baume sur une plaie. Le baume soulage ne serait-ce que fugitivement. De ce fait, la compulsion a tendance à devenir une réaction réflexe qui pointe dès que le manque se fait sentir. Elle s’apparente alors à une drogue plus ou moins forte selon l’accoutumance. Sylvette dit: « Je ne peux m’empêcher de l’appeler », et Guillaume: « Je passe tous les jours à la poste pour voir mon courrier » ; Claude dit: « J’ai attendu son appel toute la journée », et Michel: « Dès que j’arrive, j’ouvre mon ordinateur pour voir si j’ai un courriel ». La personnalité qui ne vit que par la fusion a bien du mal à reconnaître ses comportements compulsifs vis-à-vis de l’autre. Beaucoup d’entre nous se défendent en effet de regarder la partie d’eux-mêmes qui se nourrit ainsi de l’autre. Leur aveuglement et leur ignorance les maintiennent dans la dépendance. Soulever la couche des compulsions met en effet en présence du manque. Voici quelques suggestions pour parvenir à apprivoiser ce manque et à se défaire des dorures qui tentent de le faire oublier.

ImageReconnaître nos compulsions sans nous juger

 Il nous arrive à tous de nous juger négativement, notamment quand nous savons que nous avons cédé à la recherche d’un plaisir rapide: « Ah! Je n’aurais pas dû l’appeler », « Je me fais toujours prendre par une nouvelle conquête! », « Je suis folle de guetter ainsi son regard … », « Je me dégoûte quand j’attends sans fin un courriel de lui », disons-nous. Or, nous juger nous empêche de nous regarder au quotidien et nous conduit dans le cercle vicieux de l’autodestruction. En fait, pour nous défaire du besoin d’un soulagement spontané, nous devons d’abord savoir ce qui nous soulage. Si nous faisons l’autruche, il nous sera en effet bien difficile de voir clair. Regardons plutôt les choses en face et posons-nous les bonnes questions: quelles sont nos compulsions: le sucre? le tabac ? l’alcool? le travail? la sexualité? le don de soi à l’autre? l’amour fusionnel? le jeu? la télévision? le web ? Ceci est un premier niveau de questions. Venons-en à la question de fond: quelles sont nos compulsions amoureuses? Comptez le nombre d’heures que vous consacrez chaque jour à penser à l’autre: êtes-vous dans l’attente? Aimez-vous faire attendre l’autre qui espère de vous un appel, un mot, un regard, un sourire? Dans vos compulsions, êtes-vous celui qui sauve? Par exemple, allez-vous toujours au-devant de l’autre? Ou êtes-vous la victime, celui qui attend tout de l’autre? Ou encore êtes-vous celui qui persécute, qui fait attendre, ou à l’opposé qui harcèle?

 Désancrer la compulsion

 Nous pouvons nous amuser avec nos compulsions et tenter de les désancrer. Retardez de quelques minutes, ou si possible d’une heure, la réponse à la compulsion et observez ce qui se passe. Si vous avez une réaction physique telle que des tremblements physiques ou intérieurs, c’est que cette compulsion est réellement ancrée en vous. Dans ce cas, vous aurez besoin d’aide pour vous défaire de l’accoutumance56• Cette aide vous permettra d’aller au-delà de la compulsion et de défaire le nœud inconscient qui se trouve derrière. Mais si vous êtes capable de vous détendre tandis que vous essayez de retarder la réponse à la compulsion en respirant et en pratiquant une technique d’écoute intérieure, vous entrerez en présence du manque. Allons plus en profondeur. ..

 Le manque et le besoin affectif sous-jacent

 Si nous regardons au-delà de la compulsion, nous découvrons que nous souffrons d’un manque d’amour. Le reconnaître n’est pas toujours évident. Cela demande une certaine humilité et nous met face à une question: « Vais-je continuer à vivre en manquant d’amour? Devrai-je poursuivre longtemps encore ma quête d’amour? » J’ai observé qu’il est plus aisé de reconnaître que nous souffrons d’un manque d’amour que d’un vide d’amour. Le manque devient plus rapidement conscient si l’on prend le temps de s’arrêter, de se détendre et de se regarder vivre la compulsion. Vous entendez dire autour de vous: « Jacques me manque », « Mes enfants me manquent », « Il me manque de rencontrer quelqu’un ». Vous entendez rarement dire: « Je me sens vide de Paul », « Je me sens vide quand je ne fais pas l’amour ». Reconnaître que nous sommes en manque est le début de la phase de sevrage décrite dans les chapitres précédents. Refuser de ressentir le manque alimente notre dépendance, cela fait de nous des automates amoureux.

Derrière le manque se cache un grand besoin affectif qui est en relation avec notre blessure fondamentale. Nous avons peur de reconnaître ce besoin et le vide laissé par la blessure d’amour. Pour faire face à ce vide, nous avons besoin d’une base intérieure solide dont je parlerai dans la quatrième partie. Refuser de sentir le vide d’amour peut quelquefois nous rendre malades d’amour.

 Le manque est logé dans un espace intérieur préconscient; il n’est pas totalement occulté comme le sont le vide ou les besoins affectifs sous-jacents. Nous pouvons donc le ressentir de façon kinesthésique, par une sensation de trouble, au niveau du plexus ou du ventre par exemple. Sensation qui nous laisse souvent une impression d’absence. Certains décrivent le manque comme quelque chose qu’on leur a enlevé ou qu’ils ont perdu. Chez d’autres, le manque prend la forme d’une sensation de rétrécissement de la peau, d’une boule dans la gorge ou d’une angoisse au niveau du cœur. Le manque est l’expression d’un besoin psychique somatisé par le corps. Ce besoin psychique, lorsqu’il n’est pas entendu, donne l’impression de manquer de quelque chose, ce qui crée une tension intérieure. Le corps se mobilise alors. Pour soulager la tension, il s’allie à la psyché. Le résultat est la compulsion qui apporte un soulagement momentané. Il s’agit là d’un cercle vicieux réel car la réponse au premier élan compulsif s’ancre dans notre corps. Désormais, le corps devient « celui qui manque de quelque chose ».

 À présent, le physique devance le psychisme. Nous devenons dépendants. Le manque psychique peut même être tout à fait occulté et ne laisser place qu’à la sensation de manque physique. Ce sont ces sensations qu’il sera très important d’apprivoiser lors du sevrage, de la rupture avec le désir pulsionnel de fusion. Une fois le comportement compulsif ancré, le corps est le premier à nous envoyer des signaux que l’heure « biologique » de la compulsion est arrivée, cela, même si nous ne sentons pas le manque psychique. Prenons l’exemple de Jacinthe.

Jacinthe souffrait de la peur d’être abandonnée. Dès 19 h, tous les soirs, elle se sentait fébrile intérieurement, jusqu’à ce que vienne l’heure d’appeler son amoureux. L’horloge interne de Jacinthe lui donnait l’heure de sa compulsion. Elle appelait Pierre, ne lui disait rien si ce n’est des « banalités du quotidien », comme elle les nommait. Elle raccrochait et se sentait mieux.

 De quoi Jacinthe avait-elle réellement besoin? D’être rassurée. Mais Jacinthe était à dix mille lieues de son besoin. Elle n’avait plus conscience de son manque, tout ce qu’elle ressentait, c’étaient les sensations provoquées par sa compulsion. Notre personnalité consciente n’aime pas le manque. Elle préfère la danse des compulsions, les plaisirs rapides qui procurent l’illusion de satisfaction.

 Reprenons notre fil… Derrière la compulsion se trouve le manque, et derrière le manque, un besoin profond logé dans l’inconscient. Plus nous nous éloignons de notre besoin affectif d’amour, plus notre colère, notre frustration et notre rage augmentent. Ces émotions provoquent encore plus de tension psychique et physique en nous, une tension que nous cherchons à soulager par la compulsion. Nous sommes pris dans le piège de la dépendance affective. Revenons à Jacinthe.

Jacinthe harcelait Pierre par ses appels. Aussi ne répondait-il pas toujours, ce qui la mettait en rage: elle ne pouvait plus se rassurer par la voix de Pierre. Elle passait des nuits blanches à construire des scénarios d’abandon, avant de l’appeler aux premières heures du jour. Le matin, Pierre lui répondait habituellement, ce qui réduisait son sentiment de manque. Pour se rassurer davantage, Jacinthe achetait des vêtements à Pierre, pensant qu’ainsi il l’aimerait encore plus et ne l’abandonnerait pas. En fait, elle tentait d’acheter son amour. Jacinthe savait qu’elle souffrait d’une compulsion. Elle a cependant dépensé une fortune en téléphone et en vêtements jusqu’au moment où elle a décidé d’entrer dans un groupe d’entraide pour se sevrer de son amour fusionnel.

 Du sevrage à l’apprivoisement du manque

 La seule façon d’entamer un sevrage est d’entrer en contact avec le manque de façon à atténuer l’ancrage de la compulsion dans le corps. Il faut donc ralentir le délai de réponse à la compulsion, ou encore, comme je le suggère à mes patients, vivre consciemment la compulsion de façon à entrer petit à petit en présence du manque. Il faut ensuite apprivoiser ce manque.

 Ayant moi-même été une « droguée affective », j’ai exploré un moyen puissant pour apprivoiser le manque: arrêter toutes ses activités et s’étendre au sol. Prendre contact avec la terre, avec le sol qui soutient notre corps, se laisser aller à ressentir ce qui vient, et respirer. Vous pouvez faire de même: écoutez une musique douce et donnez-vous un espace intérieur et extérieur pour écouter votre manque. Laissez-le vous parler, intérieurement, à voix haute ou au moyen de l’écriture. Écoutez le manque. S’il s’exprime par des symboles, écoutez ces symboles. Demandez-vous ce dont vous avez vraiment besoin. Si la réponse est liée à l’autre, appelez ce dernier et dites-lui tout simplement votre manque, relisez vos courriels si besoin est. N’ayez pas peur de parler de votre manque à l’autre ou aux autres, cela vous aidera à le démystifier. Nous passons notre temps en surface, collés aux dorures de notre prison. Mais il est possible de descendre en profondeur grâce à la détente, à la respiration et à la réelle communication.

 Écoutez le manque, qui est avant tout affectif, et demandez-vous de quoi vous avez besoin. Diverses réponses peuvent venir: être aimé, être pris dans les bras de quelqu’un, être reconnu, être accompagné, être rassuré. Continuez de respirer et de laisser le manque s’exprimer. S’il y a des émotions et qu’elles sont tolérables, laissez-les se manifester; si des images vous viennent, permettez-leur de circuler en vous. Prenez le temps d’être en présence du manque au lieu d’agir le manque. Puis, entrez dans le mouvement avec le manque: dessinez le manque, dansez le manque, chantez le manque, écrivez le manque. Mettez ce manque en mouvement, laissez-le s’exprimer sans l’orienter. Ainsi permettrez-vous à la partie inconsciente de vous qui vit ce manque de s’exprimer. Cela fait, si votre compulsion est toujours présente, vivez-la en conscience. Si vous pratiquez régulièrement cet exercice, qui consiste à remonter la piste de la compulsion jusqu’au manque, vous verrez vos compulsions diminuer petit à petit. Vous entrerez consciemment dans une période de sevrage. Le but de cette exploration n’est pas de mettre un terme aux compulsions, mais d’apprivoiser la profondeur du manque. Il s’agit de permettre au manque de s’exprimer, de permettre à cette partie de nous d’exister sans nous projeter dans des compulsions. Il s’agit de nous sevrer.

 Au cours de cette étape de sevrage, je vous suggère de vous occuper aussi de votre corps, car c’est dans lui que s’ancrent les compulsions, de le nourrir intelligemment, de vous assurer que vous n’avez pas besoin de vitamines, de minéraux. Modifier ses comportements, notamment diminuer ses compulsions, peut en effet engendrer des manques réels comme c’est le cas chez quelqu’un qui a pris longtemps de la cocaïne ou d’autres drogues. Il faut soutenir le corps car il entre lui aussi dans un processus de privation.

 Se nourrir d’amour

 Nous pouvons aimer et avoir des relations avec nos amis tout en ayant conscience de notre manque. Cet amour est libérateur. Ce qui est douloureux, qui entame l’expérience de l’amour et blesse souvent notre partenaire, est d’aimer en niant le manque ou en y étant assujetti. Alors en effet, nous ne considérons pas l’autre comme un être humain à part entière, avec ses qualités d’âme et de cœur, nous le réduisons à un objet susceptible de remplir notre manque. Si nous refoulons constamment la partie de nous qui fait l’épreuve du manque, il nous sera difficile de nous libérer de l’amour fusionnel pour vivre l’amour.

 Entre le manque et le vide existe le besoin d’être aimé et d’aimer avec toutes ses déclinaisons physiques et psychiques. Ce besoin est réel. Nous avons tous besoin d’amour et le nier serait nier notre condition humaine. Ce besoin est en relation directe avec la blessure d’amour dont nous avons souffert quand nous étions fœtus, nouveau-né ou enfant. Si j’ai été abandonné, mon besoin d’amour sera d’être rassuré par l’autre, si j’ai été rejeté, mon besoin d’amour sera d’être accueilli et si je n’ai pas été reconnu, mon besoin d’amour sera d’être reconnu. À chaque blessure correspond un besoin fondamental. La façon dont chacun va à la recherche de l’amour est une tout autre question. Mais à partir de la dépendance, en passant par la destruction et jusqu’à la construction, l’amour nous guide sur le chemin de l’individuation. Dans l’amour fusionnel, avec le cortège de compulsions et la dépendance qu’il instaure, l’autre s’apparente à un objet répondant à nos besoins. Pourtant, l’autre n’est pas là à seule fin de répondre à nos besoins, il est là comme un être humain qui a aussi des besoins qui lui sont propres.

 Répondre à ses besoins affectifs

 Le besoin est directement lié à la blessure d’amour. Quelle fut votre première blessure affective? Avez-vous été abandonné? rejeté? humilié? maltraité? non reconnu? trahi? victime d’injustice? Votre besoin affectif est en relation avec cette blessure. Reconnaître que vous éprouvez ce besoin est une grande étape vers l’autonomie. Cette reconnaissance ne vous sortira cependant pas de la dépendance, surtout si vous attendez toujours que ce soit votre partenaire qui panse votre blessure. La reconnaissance du besoin affectif est une étape du sevrage qui nous amène à explorer la réalité d’une blessure d’amour vécue par une partie de nous. Je peux vous donner une grille de référence qui vous aidera à faire le pont entre la blessure et le besoin affectif qui lui correspond. Cette grille n’est toutefois pas une solution, elle ne vous aidera pas à mieux vous aimer.

 

Blessure d’amour -> Besoin affectif correspondant
L’abandon -> La sécurité
Le rejet->  L’accueil
La non-reconnaissance -> La reconnaissance
La maltraitance -> La bienveillance
L’humiliation  -> Le respect
La trahison -> La confiance
L’injustice  -> L’équité

Pour beaucoup d’entre nous, répondre à notre besoin est difficile car nous ne savons pas de quoi nous souffrons. Nous savons que nous sommes dépendants de l’autre, mais nous ignorons quelle blessure et quel besoin se cachent derrière cette dépendance. Qu’est-ce qui se dissimule derrière notre soif d’aimer à tout prix? La réponse est introuvable sans écoute intérieure, sans observation de notre conditionnement amoureux et de nos répétitions. Répondre à son besoin d’amour ne veut pas dire se couper de l’autre ou des autres; au contraire, ce n’est qu’avec les autres que nous pouvons expérimenter l’amour. Et si répondre à son besoin d’amour signifiait tout simplement oser s’aimer et aimer?

papillon

Le vide

 Réaliser son vide affectif s’accompagne souvent de la prise de conscience que nous sommes responsables de ce que nous vivons sur le plan affectif: nous pouvons remplir le vide en nous permettant de recevoir de l’amour, nous pouvons remplir le vide en nous laissant toucher par notre propre souffrance, nous pouvons remplir le vide en permettant à la partie blessée de notre être de nous parler d’amour. La rencontre avec la souffrance affective nous permet d’accéder à l’amour qui est là, en nous. Le vide peut être rempli par notre capacité à recevoir et par notre capacité à nous reconnaître dans notre souffrance. Cela nous aide à atténuer la réaction de peur d’être de nouveau blessé. Dans Le Déclic, je parle d’une douleur qui détruit et d’une douleur qui guérit. Le vide est une réaction à un trop-plein de souffrance, à une coupure, à une séparation. Apprivoiser le vide est se rapprocher de la partie de nous qui est la plus intime, la plus profonde. Au-delà de notre blessure existe en nous une partie intacte. Le vide nous met en contact avec elle et, ce faisant, nous donne la possibilité de côtoyer l’infini qui nous mène directement à l’amour. Explorer le vide est l’histoire d’un cheminement de vie, se guérir de la blessure fondamentale aussi. Nous pouvons aimer tout en ayant conscience du vide qui est en nous, si nous ne sommes pas esclaves de ce vide. La conscience de notre vide nous aide à guérir de l’amour fusionnel.

Marie Lise Labonté

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