Discours de Ten Bears 1867

C’est durant la lune de changement de saison, le 16 octobre 1867, que s’ouvrit à Medicine Lodge, dans le Kansas, un des conseils Indiens les plus considérables dans l’histoire du pays. Ce conseil de paix de Medicine Lodge rassembla bien plus de 4000 indiens dont les Arapahos, Cheyennes, Kiowas, Comanches et Apaches des prairies. Un nouveau plan de paix du gouvernement visait à l’établissement des cinq grandes tribus sur une même grande réserve, au sud de la rivière Arkansas. Parra-Wa-Samen, dit Ten Bears, qui était d’avantage poète que chef de guerre, fit à cette occasion un discours mémorable et signa le traité avec les autres. Il devait mourir 5 ans plus tard…

plumesIndienDiscours de  Ten Bears, le 16 octobre 1867
(French – English)

Mon cœur est rempli de joie quand je vous vois ici comme les ruisseaux qui se gonflent d’eau quand la neige fond au printemps, et je suis aussi content que les poneys quand l’herbe fraiche apparait au début de l’année.
Jamais mon peuple n’a, le premier, laché une flèche ou tiré au pistolet sur les Blancs. il y a eu des accrochages sur la ligne qui nous sépare, et mes jeunes guerriers ont dansé la danse de la guerre. Mais nous ne l’avons pas commencée. C’est vous qui avez envoyé le premier soldat et nous avons envoyé le second. Il y a deux ans, j’arrivais sur  cette route, sur la piste du bison, afin que mes femmes et mes enfants eussent les joues rondes et le corps chaud. Mais les soldats ont tiré sur nous, et depuis ce temps, il y a eu un bruit comme celui d’un orage, et nous n’avons su quel chemin prendre…

plumesIndienNous n’avons pas d’avantage été faits pour pleurer une fois seuls. Les soldats habillés de bleu et les Utes sortirent de la nuit alors noire et paisible et firent des feux de camp de nos huttes. En guise de gibier, ils massacrèrent mes braves, et les guerriers de la tribu coupèrent leurs cheveux pour les morts. Cela se passait au Texas. Ils firent entrer la tristesse dans nos camps et nous les avons poursuivis comme attaquent les bisons mâles pour défendre leurs femelles Nous les avons trouvés, nous les avons tués et leurs scalps pendent dans nos huttes
plumesIndienLes Comanches ne sont pas faibles et aveugles comme des chiots de sept jours. Ils sont forts et ont la vue longue comme les chevaux adultes. Ils ont pris leur route et l’ont suivie. Les femmes blanches ont pleuré et nos femmes ont ri.

Mais il y a des choses que vous m’avez pas dites et que je n’aime pas. Elles ne sont pas douces comme le sucre, mais amères comme la courge. Vous dites que vous voulez nous mettre dans une réserve, nous construire des maisons et des postes médicaux. Je n’en veux pas. Je suis né dans la prairie où le vent soufflait librement et il n’y avait rien pour briser la lumière du soleil. Je suis né là ou il n’y avait pas de clôture, où tout respirait librement. Je veux mourir là-bas et non entre des murs. Je connais chaque ruisseau et chaque bois entre le Rio Grande et l’Arkansas, j’ai chassé et vécu dans ce pays. J’ai vécu comme mes pères avant moi, et comme eux, j’ai vécu heureux. Quand j’étais à Washington, le Père Vénérable m’a dit que toute la terre des Comanches était nôtre et que personne ne nous empêcherait d’y vivre. Alors, pourquoi nous demandez-vous de quitter  les rivières et le soleil et le vent pour aller vivre dans des maisons ? Ne nous demandez pas d’abandonner le bison pour le mouton. Les jeunes hommes ont entendu parler de cela et ils  sont tristes et fâchés;..
Si les Texans étaient restés en dehors de mon pays, la paix aurait pu régner Mais là où vous dites que nous devons vivre maintenant, c’est trop petit. Les Texans ont pris les endroits où poussaient l’herbe la plus épaisse et où le bois était le meilleur. Aurions-nous gardé cela que nous aurions peut-être fait ce que vous nous demandez. Mais il est trop tard. L’homme blanc a pris le pays que nous aimons et nous ne souhaitons  plus qu’errer sur les prairies jusqu’à notre mort.

                    English version:

My heart is filled with joy when I see you here, as the brooks fill with water when the snow melts in the spring; and I feel glad, as the ponies do when the fresh grass starts in the beginning of the year. I heard of your coming when I was many sleeps away, and I made but a few camps when I met you. I know that you had come to do good to me and my people. I looked for benefits which would last forever, and so my face shines with joy as I look upon you. My people have never first drawn a bow or fired a gun against the whites. There has been trouble on the line between us and my young men have danced the war dance. But it was not begun by us. It was you to send the first soldier and we who sent out the second. Two years ago I came upon this road, following the buffalo, that my wives and children might have their cheeks plump and their bodies warm. But the soldiers fired on us, and since that time there has been a noise like that of a thunderstorm and we have not known which way to go. So it was upon the Canadian. Nor have we been made to cry alone. The blue dressed soldiers and the Utes came from out of the night when it was dark and still, and for camp fires they lit our lodges. Instead of hunting game they killed my braves, and the warriors of the tribe cut short their hair for the dead. So it was in Texas. They made sorrow come in our camps, and we went out like the buffalo bulls when the cows are attacked. When we found them, we killed them, and their scalps hang in our lodges. The Comanches are not weak and blind, like the pups of a dog when seven sleeps old. They are strong and farsighted, like grown horses. We took their road and we went on it. The white women cried and our women laughed.

But there are things which you have said which I do not like. They were not sweet like sugar but bitter like gourds. You said that you wanted to put us upon reservation, to build our houses and make us medicine lodges. I do not want them. I was born on the prairie where the wind blew free and there was nothing to break the light of the sun. I was born where there were no inclosures [sic] and where everything drew a free breath. I want to die there and not within walls. I know every stream and every wood between the Rio Grande and the Arkansas. I have hunted and lived over the country. I lived like my fathers before me, and like them, I lived happily.

When I was at Washington the Great Father told me that all the Comanche land was ours and that no one should hinder us in living upon it. So, why do you ask us to leave the rivers and the sun and the wind and live in houses? Do not ask us to give up the buffalo for the sheep. The young men have heard talk of this, and it has made them sad and angry. Do not speak of it more. I love to carry out the talk I got from the Great Father. When I get goods and presents I and my people feel glad, since it shows that he holds us in his eye.

If the Texans had kept out of my country there might have been peace. But that which you now say we must live on is too small. The Texans have taken away the places where the grass grew the thickest and the timber was the best. Had we kept that we might have done the things you ask. But it is too late. The white man has the country which we loved, and we only wish to wander on the prairie until we die. Any good thing you say to me shall not be forgotten. I shall carry it as near to my heart as my children, and it shall be as often on my tongue as the name of the Great Father. I want no blood upon my land to stain the grass. I want it all clear and pure and I wish it so that all who go through among my people may find peace when they come in and leave it when they go out.
chamanismeVersion française :
Source « Pieds nus sur la Terre Sacrée »  Edition Denoël

Version Anglaise : Source wikipédia
Transcris et transmis par Nadine Jane S. pour Chrysalyda.com

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2 commentaires pour Discours de Ten Bears 1867

  1. Anonyme dit :

    Ainsi agit l’homme blanc sur toute la surface de la terre. Il pense être le donneur de leçons mais c’est surtout par lui qu’arrivent douleur et privation de la liberté. La grande histoire du monde est comme un livre ouvert où chacun peut trouver des exemples de cette façon déplorable qu’il a vouloir s’imposer aux autres races qu’il sous-estime.

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