Le bénéfice du doute

Douter …

Remettre en question la moindre conviction.
Reconnaître être exempt de toute assurance.
Admettre n’être maître d’aucune garantie.
Douter témoigne de notre incapacité à l’autosuffisance : nous ne savons pas tout, nous ne pouvons pas tout, nous ne sommes pas tout.

Les doutes nous mettent face à toutes les ombres qui cachent notre potentiel de clairvoyance : les évidences s’embrument d’un film flou dans lequel la fragile limpidité se tourne à tâtons.
Les doutes nous confrontent à tous les manques qui gâchent notre potentiel de plénitude : les certitudes se vident d’un contenu crispé par une lâche ceinture de sécurité échouant à nous rassurer.
Nous doutons de l’Autre… Nous doutons de ses intentions, suspectées de servir exclusivement son intérêt propre sans imaginer que celui-ci puisse s’ajuster avec majesté à l’Intérêt commun, le sien, le tien, le mien. Nous doutons de la bienveillance de son regard, de son oreille, de ses mots, de ses faits, de ses gestes : quelle distance existe-t-il entre ce qu’il veut nous faire comprendre et l’interprétation que nous nous en faisons ? Nous doutons de la qualité de son attention et de la sincérité de son affection : y croire nous expose aux éventuelles désillusions et déceptions.

Nous doutons de nous-mêmes… Nous doutons de nos sensations qui nous ramènent à notre union au présent, nous laissant pour un temps absents de toute rumination du passé et de toute projection anticipée. Nous doutons de notre intuition qui nous relie à l’essence même du murmure de notre Cœur, témoin de notre plus pur degré de Conscience. Nous doutons de nos capacités à être vivants, à aimer et à être aimés, à faire encore mieux lorsque l’on a déjà fait bien, à nous relever après être tombés, à guérir après nous être abîmés, à être porteurs de Grâces et vecteurs d’Énergie.

Nous doutons de la Création, du Ciel et de la Terre… Nous doutons de l’ingéniosité des nuages, du vent, de la pluie, du soleil à s’accorder pour paraître et disparaître à la justesse de leur propre gré. Nous doutons de l’intelligence naturelle des saisons à faire pousser les plantes, les fleurs, les fruits au moment qui convient réellement à notre besoin. Nous doutons de la stabilité du sol sur lequel peuvent se dérouler l’étendue de nos pas et s’ériger la ligne de notre verticalité.
Nous doutons de la Réalité… Nous doutons de la raison des obstacles insupportables et du sens des épreuves inacceptables pour lesquelles nous développons pourtant une force et une humanité insoupçonnées afin de les surmonter. Nous doutons de la beauté inouïe de l’inespéré qui soudain jaillit du néant et nous éblouit de tout notre être (« C’est trop beau pour être vrai ! »…). Nous doutons de ce qui naît et de ce qui advient, de ce qui meurt et de ce qui survient car alors on se souvient que nous ne maîtrisons finalement rien (ou, du moins, si peu).

Douter est déroutant.
Douter est redoutable.
Douter est éprouvant.
Douter est épouvantable.
Et pourtant…

… Nous avons solidement arrimé à nous des certitudes auxquelles nous nous accrochons comme à des bouées de sauvetage. Nous nous sommes construit un périmètre de sécurité délimité par toutes ces convictions qui, par trop ancrées en nous, peuvent nous amener à couler. Or, tout ce qui vient ébranler ces plans de vie à l’aune desquels nous orientons nos acceptations et nos réjections est à accueillir comme une planche de salut. Oui, les doutes sont un véritable cadeau : ils nous offrent le choix. Nous pouvons rester agrippés aux idées entêtées qui nous font sombrer, cramponnés aux habitudes scellées qui nous tirent vers le fond. Ou bien, nous pouvons délivrer notre esprit de ces filets qui l’emprisonnent pour le noyer, respirer une grande bouffée d’air frais et nous laisser porter par le courant qui nous fera sortir la tête de l’eau et le bec du sable.

A condition de rester centrés et concentrés, le mouvement turbulent du doute ne consiste pas à nous happer pour nous projeter et nous fracasser contre les rochers. Il est simplement là pour nous enseigner la nécessité de trouver notre équilibre entre fermeté et flexibilité (Sthira-Sukha) : trop de rigidité nous piègerait à l’hameçon de nos conditionnements trop étriqués ; trop de liberté nous engouffrerait sous le creux de la première vague qui viendrait nous bouleverser.

Les certitudes sont donc faites pour passer à travers le tamis du doute permettant d’écumer toutes les croyances limitantes qui nous enchaînent à des mâts de cocagne : croire atteindre le sommet, sans cesse glisser et pourtant s’obstiner à maintenir un même cap inadéquat. L’amertume ainsi filtrée, seul le nectar des saines convictions subsiste comme un véritable phare guidant notre itinéraire vers notre Lumière.

Le doute nous permet de nous délester des croyances léguées (par hérédité ou héritage) que nous n’avons pas choisi de porter, des croyances obsolètes qui nous convenaient jusque là mais sont désormais périmées, des croyances auxquelles nous nous accrochons par fidélité à des engagements qui ne nous correspondent plus à présent parce que nous avons changé.

Le doute nous permet de nous recentrer, de prendre le temps de nous mettre à l’écoute de nous-mêmes, de ressentir ce qu’il serait bon d’ajuster et de repositionner (Pratipaksha-Bhâvana). Le doute nous permet donc d’apprendre à nous connaître et à nous aimer : estimer que l’on mérite réflexion parce l’on est digne de ce qui serait le meilleur pour nous.
Oui, même lorsque c’est de nous-mêmes que nous doutons, il y a là à l’oeuvre une volonté sous-jacente de nous élever : c’est grâce à ce doute de soi que nous prenons la décision de faire de notre mieux ; en doutant d’être à la hauteur de quoi que ce soit, nous dépassons nos propres limites auxquelles nous nous croyions plafonnés. Sans doute de soi, nous resterions dans le confort atrophié de ce que nous sommes, nous privant ainsi de toutes les perspectives d’évolution qui se déroulent sous nos pieds comme les marches de notre propre ascension.
Le doute, enfin, permet d’affermir des certitudes que justement nous mettons en doute. Le doute sert en effet aussi à cela : mettre à l’épreuve certains fondements de notre existence jusqu’à nous redonner la juste conviction de leur bien fondé. Ce qui ressort inébranlable de la tourmente est donc réellement ce sur quoi nous pouvons en pleine confiance nous appuyer.

Le doute nous dote du pouvoir de décider de ce que l’on en fait.
Le doute peut être destructif, à l’origine de ce qui nous fait baisser les yeux et les bras, dans un soupir de résignation – « À quoi bon croire ? »
Mais, le doute peut aussi être constructif, le moteur de ce qui nous fait relever la tête et les manches, dans un élan d’inspiration – « Rien n’est au désespoir ! »

Il n’appartient qu’à nous de savoir saisir le bénéfice du doute.

Un article de Marie Ghillebaert

Transmis par Nadine Jane S.

Cet article, publié dans Développement personnel, Réflexions, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s