L’Amour Véritable (les couples heureux)

Nous parlons beaucoup d’Âmes Sœurs, d’Âmes Jumelles, de retrouvailles, de  karmas « à régler » … Mais lorsque nous nous trouvons, ou nous retrouvons, notre « mission », ici et maintenant, est de parvenir à s’aimer d’un véritable amour. Quel est le véritable but sinon de nous transformer, à cette ou ces rencontres dans ce temps-ci (linéaire)? La rencontre avec l’Âme Jumelle nous parait romantique et idéale mais il faut nous y préparer. Il nous y attend de véritables montagnes russes en sentiments et émotions, d’où va découler un énorme travail sur soi. Le but ultime étant, bien entendu, les retrouvailles avec notre masculin ou féminin (selon que l’on soit un homme ou une femme) à travers l’Autre, incarné. Yvon Dallaire est psychologue et sexologue, auteur et conférencier renommé. II exerce la thérapie conjugale depuis plus de vingt-cinq ans. Voici son approche de l’Amour Véritable, celui qui permet de transformer une relation en lieu d’épanouissement personnel, conjugal et familial.

L’amour véritable

Yvon Dallaire (d’après son livre « qui sont  les couples heureux »?)

L’amour est un sentiment beaucoup plus doux et basé lui aussi sur l’attirance physique puisque la première chose que l’on voit d’une personne est son corps. Mais l’amour englobe la tendresse qui se développe au fur et à mesure de l’apprivoisement de la personne aimée. Alors que la passion crée la dépendance, l’amour crée l’attachement, sentiment d’affection et de sympathie. L’amour, c’est ce qui reste une fois passée l’intensité de l’attirance physique initiale. Cette attirance n’apparaît parfois que plus tard chez les couples heureux à long terme, une fois que l’on connaît mieux la personne aimée. Un proverbe arabe dit: « N’épousez pas la personne que vous aimez. Aimez la personne que vous avez épousée.  » Je vous suggère plutôt d’apprendre à aimer cette personne avant de lui offrir une bague de fiançailles et de l’épouser. Il est illusoire de croire que la passion puisse toujours durer. Comme pour les drogues dures, avec le temps se produit un phénomène de saturation qui fait que notre cerveau ne réagit plus devant la source de la passion. J’appelle ce phénomène  » la douloureuse morale du plaisir », c’est -à-dire que même les plaisirs physiques les plus intenses deviennent fades avec la répétition et le temps. La plus belle femme et le plus bel homme finissent par perdre leur aura avec le temps. D’où la nécessité de changer l’objet de la passion, en changeant de partenaire, où en rendant plus difficile la satisfaction du désir fusionnel, ce que font les couples malheureux en multipliant les sources de conflits et d’opposition: la réconciliation devient tellement excitante après avoir pris le risque de perdre l’objet de son désir.

Les amoureux au long cours préfèrent carburer aux endorphines, ou endomorphines, plutôt qu’aux amphétamines. Les endorphines ont des propriétés antalgiques, associées au calme, au bien-être et à l’absence de douleur. Voilà pour la dimension physiologique. Du point de vue psychologique, deux autres éléments sont nécessaires pour que l’amour véritable puisse exister: l’admiration et un ou des projets communs. Ces éléments doivent être canalisés vers la même personne et réciproques, à moins de vouloir être malheureux et de vivre des amours impossibles. L’amour, tout comme la passion, est basé sur une attirance physique et sexuelle réciproque: ne dit-on pas « faire l’amour » pour désigner la relation sexuelle, l’acte d’amour? Qu’y a-t-il de plus merveilleux que de faire l’amour avec l’être aimé? Aimer quelqu’un, c’est vouloir se « lover », se toucher, se caresser, s’interpénétrer, se fusionner l’espace d’un moment. Mais pour que cette intimité fusionnelle temporaire puisse se vivre, rappelez-vous qu’elle nécessite deux personnes autonomes, entières et différenciées, toutes deux capables de retrouver leur centre identitaire après le lâcher prise nécessaire à la jouissance sexuelle fusionnelle.

https://i1.wp.com/auto.img.v4.skyrock.net/9858/74429858/pics/3139455688_1_6_7gfRYK0D.jpgL’amoureux ne peut aimer que s’il admire la personne qui l’attire. L’admiration est un sentiment de joie et d’épanouissement devant ce que l’on juge beau et grand. L’admiration invite au respect. J’englobe dans le concept admiration tous les aspects psycho-émotifs et même spirituels de la relation amoureuse. J’admire la personne qui habite ce corps qui m’attire. Mon sexe se met en action, certes, mais sous la direction de mon cœur et de mon cerveau, de mon intelligence émotionnelle. L’admiration implique non seulement le respect, mais aussi la connaissance, la confiance, l’honnêteté, la loyauté, la sincérité, la fidélité et la fiabilité, qualités que l’on retrouve en abondance chez les amoureux à long terme et les couples heureux, mais aussi chez des amis sincères (à la différence que ceux-ci n’ont pas de relations sexuelles). Ces qualités se retrouvent autant chez l’un que chez l’autre. Cette admiration repose sur la réalité de la personne aimée et non sur l’image idéalisée de cette personne. L’illusion n’est pas source d’admiration, mais plutôt de déception, ce que vit un jour ou l’autre le passionné déçu de s’apercevoir que la personne aimée ne correspond pas, ou plus, à son idéal illusoire.

Deux personnes qui s’aiment partagent les mêmes projets, d’où la nécessité de confronter ses projets personnels à ceux de l’autre. Deux personnes qui s’aiment se regardent, mais regardent aussi dans la même direction. S’aimer, c’est planifier ensemble des projets communs. Le passionné est assuré que l’autre voit ce que lui voit, projette ce que lui projette. Les amoureux à long terme font rapidement volte-face s’ils se rendent compte que leurs projets de vie personnels et conjugaux sont incompatibles. La psychologie populaire est souvent paradoxale dans ses dictons. On dit « Les contraires s’attirent », ce qui se vérifie en génie électrique et lors d’étincelles amoureuses, mais la psychopop dit aussi « Ceux qui se ressemblent s’assemblent ». La psychologie scientifique confirme que si l’amour est improbable entre deux personnes identiques, les couples heureux à long terme réunissent, non pas un minimum, mais un maximum de compatibilités. On constate même qu’ils deviennent de plus en plus compatibles avec le temps, alors que les fusionnels deviennent de plus en plus divergents.

Les passionnés fusionnels ne prennent pas le temps de vérifier ces compatibilités avant de se mettre en couple. Ce n’est qu’avec le temps qu’ils s’aperçoivent que leurs différences sont insurmontables. Les personnes matures émotionnellement vérifient avant de s’engager si leurs désirs de cohabitation concordent. Ils ne partent pas du principe qu’ils vont nécessairement être d’accord parce qu’ils s’attirent et s’aiment l’un l’autre. Ils parlent de carrière, de partage des tâches ménagères, de vie sociale. Ils s’invitent à tour de rôle dans leur famille respective, non pas pour faire approuver leur choix, mais parce qu’ils auront à vivre avec deux familles. Et aujourd’hui, beaucoup plus qu’avant, ils s’expérimentent sexuellement et vérifient leur compatibilité libidinale. Dans leurs discussions, ils ne cherchent pas à plaire à l’autre; ils disent ce qu’ils sont. Ils ne croient surtout pas que leur amour amènera l’autre à changer et à partager leurs projets. Impossible, évidemment, que tous ces désirs concordent parfaitement, mais... chez les couples heureux, la différence entre ces désirs ne devient pas source de blocages permanents, mais au contraire source d’épanouissement et de complémentarité, alors que les couples malheureux cherchent, après coup, à établir un consensus sur tous ces points et s’accusent réciproquement de fausse représentation, de mauvaise foi ou de manque d’amour lorsqu’ils n’y parviennent pas.

La stabilité, plutôt que l’intensité, et la conscience, plutôt que l’inconscience, sont les deux caractéristiques d’un véritable engagement amoureux. L’attachement est la conséquence de l’amour. L’amour s’oppose à la passion, laquelle nécessite une nouveauté sans cesse renouvelée. L’intensité passionnelle peut faire souffrir, mais, disent les passionnés, qu’est-ce l’amour sans passion? Nous verrons, en réalité, que la souffrance des passionnés provoquée par l’impossibilité de la satisfaction de leurs désirs fusionnels leur donne, paradoxalement, l’occasion de sortir de l’inconscience, de grandir émotionnellement et d’apprendre à se centrer et apprécier l’autre dans sa différence. Tous, malheureusement, n’ y parviennent pas, malgré l’aide de thérapeutes.

Avant d’analyser les différentes phases du processus conjugal, comparons le triangle amoureux au triangle passionnel.

Les deux triangles, ou pyramides, ont la même base, soit l’attirance physique. Mais, contrairement au passionné qui idéalise l’objet de son attirance et rêve d’une fusion éternelle, l’amoureux découvre la personne réelle qui existe dans ce corps qui l’attire, admire ce qu’ il découvre et élabore un projet de vie avec la personne désirée et aimée. L’attirance représente la dimension biochimique de l’amour, l’admiration, la dimension psycho-émotive de la relation, et le projet, l’objectif du couple.

Les couples fusionnels le deviennent à partir d’un coup de foudre ou de la croyance qu’enfin ils ont trouvé le bon partenaire ou l’âme sœur. Les couples heureux à long terme se sont parfois formés à partir d’une forte attirance physique et sexuelle. Mais leur triangle, contrairement à celui des passionnés, est flexible: leur relation est parfois devenue amoureuse après qu’ils soient devenus amis, parfois après avoir travaillé à la réalisation d’un projet commun, professionnel ou communautaire. La base de leur amour ne se limite pas à l’attirance physique et sexuelle.

La passion ne dure guère que quelques heures ou, tout au plus, deux ou trois ans. L’amour peut durer toute une vie, si on y met les efforts nécessaires et qu’on accepte de se remettre régulièrement en question. Toutes nos recherches nous démontrent que très rares sont les amours à long terme basés sur la passion et, quand cela arrive, cet amour est entaché de souffrances tout aussi intenses, comme nous le démontrent les amours difficiles de nombreux artistes célèbres. Nous avons toujours le choix entre l’intensité (amphétamines) et la stabilité (endorphines). Les couples heureux à long terme réussissent à se maintenir entre ces deux extrêmes.

Yvon Dallaire NJS
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